mercredi 22 octobre 2008

Pas la faute du marché.

Par Corinne MELLUL,

L’effondrement des marchés financiers et les secousses telluriques qui ébranlent le système bancaire ont redonné vie au débat idéologique séculaire qui porte sur le meilleur modèle économique. Fin du capitalisme ? Preuve ultime de l’échec du mode d’enrichissement qu’il propose ? Ou au moins, défaite du libéralisme ? Démonstration de l’incapacité des marchés à s’autoréguler pour produire le bien commun optimal ? Tous ces arguments ont été entendus au cours des semaines écoulées, non seulement en Europe, ce qui n’étonne pas, mais, de façon plus inattendue, aussi aux États-Unis.

Démonstration de l’incapacité des marchés à s’autoréguler pour produire le bien commun optimal ? Tous ces arguments ont été entendus au cours des semaines écoulées, non seulement en Europe, ce qui n’étonne pas, mais, de façon plus inattendue, aussi aux États-Unis.

On a plus rarement posé la question de ce qu’exprime une telle crise par rapport à une idéologie de centre gauche.

On peut évidemment exclure la pertinence d’une discussion sur le retour possible à un modèle marxiste : sur ce point le consensus est quasi-total. Mais on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sur ce que doit être une réponse progressiste à ce phénomène d’un marché libre produisant faillites et catastrophes telles qu’elles forcent l’État à injecter dans le système financier des centaines de milliards de dollars, d’euros ou de livres sterling. Les mouvements de centre-gauche se seraient-ils trompés en épousant sereinement les principes de l’économie de marché, en inscrivant leur souci de garantir de la solidarité pour les plus faibles dans une logique de concurrence et de compétitivité désinhibée, reposant sur la volonté de gagner ? L’œil du cyclone se trouve certes aux États-Unis, et les deux administrations Bush, dans leur intégralité, ont incarné ce qu’il y a de plus distant du progressisme. Mais il ne faut pas ignorer le fait que le pays le plus - et le premier - touché en Europe a été la Grande-Bretagne, bastion depuis 1997 d’un réformisme de centre gauche qui a pleinement usé de la dérégulation et des forces du marché pour générer une croissance économique enviée dans tout le continent.

La question la plus pertinente est sans doute celle-ci : si cette crise financière est un test, qu’est-ce qui a été ainsi mis à l’épreuve ? Est-ce la validité systémique de l’économie de marché, ou est-ce le fonctionnement de marchés financiers dans lesquels des régulations déjà insuffisantes étaient de surcroît mal appliquées ? La réponse nous est donnée par les places boursières elles-mêmes. Leur chute vertigineuse n’a de fait cessé que sous le double effet de l’annonce des plans de sauvetage massifs par la puissance publique et de la formulation d’une promesse qu’à l’avenir des régulations plus strictes seraient mises en œuvre de façon plus rigoureuse.

On voit donc bien que ce n’est pas la libéralisation des économies qui constitue le thème principal de cette crise. Les bienfaits que produisent les marchés libres depuis plusieurs décennies sont tangibles, et dans le monde contemporain ce phénomène n’est nulle part plus manifeste que dans les pays émergents. La libéralisation des marchés a permis d’y extraire des centaines de millions de personnes de la pauvreté, notamment en flexibilisant les marchés du travail, ce qui a généré de la création d’emplois et de la croissance. Historiquement, aucune économie reposant sur un lourd interventionnisme et un secteur public très étendu n’a pu rivaliser avec de tels résultats.

Le thème de cette crise est donc plutôt le rôle de l’État comme gardien et protecteur contre les abus, les excès possibles du système. Or la pensée progressiste proclame la nécessité que cette fonction soit exercée par l’État. On peut voir un dogme de même nature dans l’importance qu’accordent les gouvernements de centre gauche à la protection sociale, à des politiques qui, tout en accompagnant les citoyens vers la prise de responsabilité individuelle dans une économie libre, leur garantissent les moyens de la survie lorsque les forces du marché jouent en leur défaveur.

Certes il n’y a pas eu, même en Grande-Bretagne, volonté politique de réguler le fonctionnement des marchés financiers avec cette même intention de sauvegarde et de protection. Mais que ce manquement-là ait mené à la situation d’aujourd’hui sert en définitive à démontrer que c’est bien le progressisme qui détient la formule à même de répondre aux défis des économies - ouvertes et mondialisées - contemporaines : liberté des marchés génératrice de prospérité, tempérée là où il le faut par une action publique visant à protéger les plus vulnérables contre les ratages du système et leurs conséquences parfois féroces.

mardi 21 octobre 2008

Un pilote dans l’avion

Par Gilles Norroy,

C’est dans l’épreuve que l’on distingue les hommes d’Etat.

Nicolas Sarkozy vient de démontrer cette qualité à deux titres : en tant que Président de la République et en tant que Président de l’Union Européenne.

On peut retenir de son action, l’esprit de décision, l’énergie, la vitesse d’exécution, l’imagination et surtout le sens de la coopération dans les mesures qu’il a su faire adopter en France et en Europe, pour faire face à la crise financière mondiale.

Cela n’allait pas de soi de rassembler les Etats européens dans la recherche d’une solution commune, de surmonter notamment la frilosité allemande, encore moins de faire adopter par le Président américain, dans le vide politique qui règne avant les élections, une décision de convoquer un sommet mondial.

Garantir les dépôts des particuliers, recapitaliser les banques les plus fragiles, assurer la liquidité interbancaire sont autant de bonnes décisions pour faire face à la crise financière.

Relancer l’économie en injectant plus de 20 milliards d’euros dans les P.M.E, le bâtiment, par un programme de 30 000 logements sont des décisions importantes pour lutter contre les menaces de récession.

Ces mesures seront-elles suffisantes pour faire face à la crise ?

Il est encore trop tôt pour le dire et le Président lui-même dans son discours devant le parlement Canadien souligne qu’il faut aller plus loin, à l’échelon mondial cette fois pour mettre en œuvre les régulations nouvelles de l’économie internationale que seul peut décider un nouveau Bretton-Woods.

Cette action du Président de la République est saluée par la quasi totalité de la classe politique européenne.

Tous les pays européens qu’ils soient d’inspiration social-démocrate, comme l’Espagne ou la Grande-Bretagne, ou libérale ont d’ailleurs pris des mesures similaires.

Il est dommage qu’en France une unanimité de la classe politique n’ait pu être obtenue à la différence de pays comme l’Espagne, pour ne citer que cet exemple, où l’opposition a soutenu les mesures du Premier Ministre socialiste Zapatero.

Le Parti Socialiste a donné l’impression de regarder la crise financière en faisant la tête d’une poule qui trouve un couteau. Le souhait de quelques uns de repousser le congrès prévu à Reims en Novembre, l’absence de contre-propositions traduisent bien cette panique devant les choix politiques à faire pour défendre l’économie française.

Voilà une raison de plus de dire que notre choix de 2007 était le bon : même si les turbulences sont encore fortes il est rassurant de savoir qu’il y a un pilote dans l’avion.